De l'importance de l'indépendance

Date de publication : 8 juin 2026 - Temps de lecture 5 min



La fermeture annoncée de L’Atelier des auteurs rappelle l’importance de l’indépendance dans le monde du Web et de l’écriture. Petit billet d’humeur sur le sujet.

Capture d'écran de l'Atelier des auteurs

Capture d’écran de l’Atelier des auteurs

Le Titanic des auteurs

J’ai évoqué plusieurs fois l’Atelier des auteurs (ADA) lors de mon parcours. Il est également cité dans les remerciements de mes livres, dont La Dernière Expédition. Cette plateforme a été la plus belle découverte pour l’aspirant écrivain en quête d’aide pour s’améliorer que j’étais. Elle m’aura permis de faire des rencontres, savoir d’où je partais (très loin) et appris à avoir un regard critique sur de nombreux aspects d’un récit.

Hélas, et je commençais à le sentir quelques mois après mon arrivée dessus, le site fleurait bon le navire en perdition sans capitaine à bord. Le forum n’était pas modéré, les fils renouvelés mensuellement, tels que les « bourses aux relectures » et « présentations des nouveaux » n’étaient plus recréés. Est venu le moment où l’ADA ne répondait plus ou que ses fonctionnalités tombaient toutes en panne, suivi par de longs jours — peut-être semaines, je ne m’en souviens plus —, où l’on ne pouvait presque plus rien faire et que le silence du propriétaire était assourdissant.

Je n’ai pas le même historique que les vieux de la vieille du site. De ce que j’ai compris, il s’appelait auparavant Scribay, a été revendu par ses créateurs à une maison d’édition, puis le jeu de la consolidation du marché aura fait finir tout ce troupeau dans l’escarcelle de groupe Editis.

Faute de modération, la communauté aura pâti des indécrottables trolls et autres comportements agressifs, sans parler des commentaires donnant l’impression qu’on avait refilé votre texte à un modèle de langage. Parfois, les petits plantages se résorbaient après quelques jours. Je plaisantais souvent à l’idée qu’un stagiaire s’en occupait, et je me demande si ce n’était pas vraiment le cas : lui refiler un truc à l’abandon qui ne coûte pas très cher à entretenir pour ce faire les dents. Ce genre de cynisme en entreprise ne me surprendrait pas.

La plateforme se sera vautrée pendant une paire de semaines durant l’été 2025, ce qui m’avait convaincu de la fuir et travailler mes textes sur Epistolads à la place. J’avais expérimenté cette dernière auparavant, mais cela me donnait l’impression de m’éparpiller et je ne savais plus où donner de la tête.

Après une longue agonie, une pétition lancée par sa communauté à l’encontre du propriétaire, et la dévotion de membres qui y croyaient encore dur comme fer (et je les admire — ayant trop vécu de forums abandonnés ou tués, je n’avais pas trop envie de m’investir plus que ça), Editis annonce finalement la fermeture au travers d’un e-mail envoyé début juin. L’ADA fermera le 1er juillet, toutes les données seront supprimées.

Le mail envoyé par Editis annonçant la fermeture de l'Atelier des auteurs

Le mail envoyé par Editis annonçant la fermeture de l’Atelier des auteurs

Qu’en retenir ? Un immense gâchis qui ne m’étonne même pas. Je sais avec mon expérience professionnelle que maintenir un site Web a un coût et que monétiser celui-ci est toujours très difficile. Et c’est le problème quand ce genre de service est détenu par des grands groupes : c’est pas rentable, on ferme.

La consolidation de l’industrie culturelle

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre cette histoire et la crise actuellement endurée par le monde de l’édition, et de la culture au sens plus large.

Pour les personnes qui n’auraient pas suivi l’affaire, je parle ici de la concentration de pans entiers de l’industrie culturelle entre les mains d’acteurs hégémoniques et de réorientation des lignes éditoriales. Cela interroge quant au risque de la pluralité des sujets, des thèmes ou des opinions. Des acteurs de la culture s’interrogent : que racontera un roman de demain dans un tel contexte ? Un film ? Devra-t-il se conformer aux idées politiques de la poignée de dirigeants possédant les sociétés de production ? Le marché ne risque-t-il pas de se faire verrouiller ?

On le constate aussi avec les librairies dont les indépendants survivent difficilement face à des grands groupes mastodontes qui dictent leur loi au marché.

La perte de la pluralité n’est jamais une bonne chose à mes yeux.

Vive l’indépendance, mais pas à n’importe quel prix

Quand l’ADA a commencé à sérieusement bagoter et, au vu de son abandon par Editis, j’ai décidé d’arrêter de travailler mes textes dessus et partir sur Epistolads. Cette plateforme est indépendante et pilotée via une structure associative. D’autres plateformes ont également fleuri entre temps, tels que Pluminium ou Scribonautes, toutes gérées par des indépendants passionnés.

Viendra cependant le problème économique habituel : plus une plateforme grossit, plus elle coûte cher. Personnellement, j’ai plusieurs fois fait des dons à Epistolads, et je compte réitérer régulièrement au vu du service rendu et de l’engagement de son créateur. J’invite donc toutes les personnes ayant trouvé refuge sur des plateformes indépendantes à contribuer à leur équilibre financier lorsque celles-ci proposent un moyen de le faire. Un petit quelque chose de temps en temps sera toujours le bienvenu.

Pensez donc à bichonner ces plateformes où vous avez trouvé refuge pour éviter de vous retrouver à nouveau en panique parce qu’elle ne peut plus tenir ou que ses gestionnaires jettent l’éponge.