Illustrer sa couverture sans IA et sans se ruiner

Publication : 07/02/2026 - Temps de lecture 7 min



C’est en listant des idées pour un autre article que celui-ci m’est venu. Lorsqu’on regarde les plateformes d’autoédition, on ne peut échapper aux couvertures produites par IA générative. Et elles se trahissent vite. Cela soulève toujours des questions, et la réponse sera souvent la même : pas les moyens de faire appel à un véritable artiste. Pourtant, il existe d’autres solutions pour avoir votre illustration, sans vous ruiner.

Un livre à la couverture en cuir

A book, Embossing, Leather image. Darkmoon_Art, license Pixabay.

J’ai beau l’avoir fait au début, je ne peux plus concevoir de publier un ouvrage avec une couverture générée par IA. Le recul m’a fait comprendre qu’elle ne représente pas l’œuvre, elle n’a pas de lien fort avec le texte. Au mieux, elle en donne l’illusion. Ce n’est pas pour rien que j’ai décidé de tout remplacer à l’époque.

Je vous propose ici quelques idées pour travailler votre couverture sans avoir à recourir à cette solution de simplicité et ainsi gagner en authenticité sur votre œuvre.

Faire son cahier des charges

Avant de vous ruer sur un générateur d’image en ligne, posez votre cahier des charges. Que voulez-vous pour votre illustration ? Quel élément désirez-vous y faire figurer ? Quel style graphique ? Quelle émotion doit-elle faire ressentir ?

Ne me dites pas que c’est trop compliqué à faire : vous êtes l’auteur du livre, vous savez donc retranscrire les émotions et vous savez quel message il véhicule 😉

Inutile d’aller dans une documentation complexe, contentez-vous de poser une simple liste de réflexions.

Deux documents éditoriaux pourront vous aider : le synopsis et la note d’intention. En temps normal, ils sont requis pour démarcher un éditeur, donc un auteur autoédité n’aura pas forcément la nécessité de les produire. Détrompez-vous : ils vous aideront à savoir synthétiser votre récit, et à poser les motivations derrière, tout comme vous apprendrez à parler de votre œuvre plus facilement grâce à cet exercice.

Pour la couverture de La dernière expédition, je voulais qu’on découvre la même chose que les personnages. C’était l’image que j’avais depuis le départ en tête. J’ai donc posé sur un document la composition, la scène et l’émotion des personnages, complété par des références sur le style désiré. Pas besoin de réécrire, vous pouvez citer des passages pertinents pour appuyer votre expression de besoin. J’avais aussi accompagné ce cahier des charges par des images générées pour représenter l’idée désirée, tout en pointant les défauts et les éléments qui étaient incohérents (par exemple, certains rendus montraient les personnages armés, ce qui n’était pas en phase avec ma conception).

Le cahier des charges a été mon support de discussion avec l’illustratrice, auquel se sont ajoutés le synopsis et la note d’intention. Ces derniers étaient pertinents pour lui permettre de prendre connaissance du récit, qu’elle puisse se faire sa propre idée et s’en inspirer librement.

L’autre question à vous poser : faut-il en faire des tonnes ? Regardez les couvertures des livres dans le même registre que le vôtre auprès des maisons d’édition, inspirez-vous. Je vois souvent des livres autoédités qui ont des couvertures générées trop chargées qui cherchent à en mettre plein la vue. J’aime les choses sobres et simples, elles arrivent parfois à exprimer plus que des compositions complexes. Cela reste une question de goûts, naturellement.

Quoi qu’il en soit, je ne ressens rien face à une image produite par un algorithme. Vous pouvez toujours utiliser cet outil pour vous donner des idées de composition, d’ambiance visuelle ou de rendu. Mais ça s’arrête là à mon sens.

Une fois le cahier des charges réalisé, vous pouvez attaquer la suite : où et comment trouver des ressources pour votre composition.

Les banques d’images

Peut-être les a-t-on oubliées (même si elles aussi sont envahies d’images générées dégueulasses), mais les banques d’images disponibles sur le Web restent une excellente ressource.

Le plus important est de vérifier la licence sous laquelle sont publiés les contenus : si elle n’autorise pas l’usage commercial, ne vous en servez pas pour votre couverture. Privilégiez les images sous licence Creative Commons qui sont en général permissives et demandent simplement de citer l’auteur.

J’écrirai prochainement un article sur les licences d’utilisation des médias (texte, image, polices).

Voici quelques banques de ressources qui sauront déjà vous fournir une belle quantité d’éléments :

  • Wikimedia Commons : la banque d’images de Wikipedia. Elles sont généralement proposées sous licence Creative Commons permissive.
  • Pixabay : banque d’images connue, attention à filtrer les contenus IA. Vérifiez les droits des images, la licence Pixabay n’autorise pas l’usage commercial.
  • Resource Boy : banque de textures, gabarits, effets de texte, et autres, en grande partie proposés sous licence permissive et à usage commercial autorisé. Vérifiez bien avant.
  • OpenClipart : une banque de cliparts sous licence libre, y compris pour l’usage commercial.

Je le redis, mais il faudra bien penser à citer les auteurs des images que vous utilisez. Tout comme il faut citer les polices d’écriture tel que leur licence l’exige.

Faites des photos

Comme beaucoup de monde, vous devez certainement remplir la mémoire de votre smartphone de photos.

Prenez votre appareil photo et partez en balade ! C’est ce que je fais régulièrement, et vos photos peuvent servir à faire vos couvertures. Vous pouvez d’ailleurs découvrir et utiliser certains de mes clichés sur mon profil depositphotos.

Une promenade avec son appareil photo est un bon moyen pour se ressourcer et s’inspirer de décor ou d’ambiance. Pourquoi ne pas les utiliser pour vos couvertures ? Le montage n’est pas compliqué et vous avez de nombreux logiciels qui vous permettront des rendus corrects sans trop de manipulation.

Assembler tout ça

Très bien, vous avez le matériel, mais encore faut-il le mettre en forme. Et là, vous pensez à plein de logiciels compliqués comme Adobe Photoshop ou son homologue libre The GIMP et la démotivation arrive très vite. Rassurez-vous, il existe des outils plus accessibles avec une courbe d’apprentissage moins élevée.

Pour une couverture de livre numérique, je recommande un format A5 portrait qui sera passe partout. Pour un livre papier, votre imprimeur ou service d’autoédition peut soit vous fournir un modèle PDF à importer, soit il vous proposera un concepteur de couverture que vous pourrez personnaliser. Ce deuxième choix est souvent limité.

Un logiciel souvent cité est Canva, outil Web disponible en ligne dont l’offre gratuite permet déjà de faire pas mal de choses. Il possède de nombreux filtres et des gabarits prédéfinis pour vous aider.

Pour ma part, j’utilise Inkscape, un logiciel libre de création qui propose une chouette palette d’outils pour créer sa couverture. Il demandera plus d’investissement pour l’apprivoiser, mais une fois les bases acquises, ça deviendra votre jouet préféré. Lui aussi propose une belle quantité de filtres pour modifier vos images. Sa gestion des calques et des alignements vous aidera à obtenir un résultat très propre. À noter que je recours parfois à GIMP pour ajouter des effets ou des compositions que Inkscape ne saura pas faire.

Et si on s’en tentait une vite fait ? Essayons une couverture pour une histoire de train fantôme ! (oui, j’aime les trains)

Commençons avec l’image de base : j’ai filtré sur Wikimedia Commons pour avoir les photos disponibles sous un licence qui exige simplement de citer l’auteur (Attribution). J’ai choisi Dampflokomotive par Michael Gäbler, ouverte dans Inkscape avec un format A5 portrait.

Couverture étape 1

Pour donner un premier effet, j’applique un filtre coloration.

Couverture étape 2

Je suis parti chez Resource Boy et j’ai récupéré textures brouillard (Fog textures) dont l’usage commercial est autorisé. Après ajout, utilisation du mode de calque « hard light », je dois dire que j’aime bien ce rendu.

Couverture étape 3

Maintenant, ajoutons le titre et l’auteur. La police utilisée ici est Six Caps font par Vernon Adams, disponible sous licence OFL.

Couverture étape 4

OK, difficile de se rendre compte du résultat final avec les calques qui se chevauchent et le canvas un peu bordélique. Cliquons sur le bouton “Exporter” et voici le résultat final :

Rendu final

Et voilà ! Dites vous que j’ai fait ça en dix minutes, temps de recherche des ressources inclus. Cette couverture est certes perfectible, mais voyez ce qu’on peut faire avec deux simples images et quelques filtres. Avec plus de temps, d’essais, mais aussi de retours communautaire, la version finale sera bien meilleure 😉


L’IA est un outil puissant, mais son usage décrié porte souvent préjudice au domaine de l’autoédition (et ne parlons même pas quand des éditeurs s’en servent !) à cause de sa mauvaise image et de son impact sur différents aspects de la société. Comme vous avez pu le voir, avec un peu plus d’investissement, on peut avoir un résultat plus personnel et recherché qu’un simple prompt !