KDP Select or not KDP Select ?

Publication : 20/03/2026 - Temps de lecture 5 min



S’il y a un acteur qui est sur toutes les lèvres dès qu’on parle d’autoédition, c’est bien Amazon et sa plateforme Kindle Direct Publishing. Incontournable pour beaucoup, elle pose cependant un dilemme quant à son programme « KDP Select ».

Le logo Amazon KDP

Le logo Amazon KDP

Qu’est-ce que KDP Select

« KDP Select » est l’abonnement Kindle disponible chez Amazon, permettant au lectorat d’accéder à un vaste catalogue d’œuvres pour un forfait mensuel. De la même manière qu’un Kobo Plus, par exemple. Pour un gros lecteur qui enchaîne les livres en un mois, c’est attractif, voire rentable.

Du côté des auteurs, ils sont rémunérés au nombre de pages lues.

Enfin, les écrivains gagnent en visibilité tandis que le lectorat est moins frileux à découvrir une plume inconnue, car il n’aura rien perdu.

Gagnant-gagnant, n’est-il pas ?

C’est quoi le problème, alors ?

Le problème, c’est qu’en contrepartie de l’inclusion à son offre KDP Select, Amazon se réserve l’exclusivité de votre œuvre au format numérique. C’est-à-dire qu’il vous est interdit de la diffuser aussi chez Kobo, chez Vivlio, sur votre propre boutique, ou ailleurs, sans rompre le contrat KDP Select (qui impose dans tous les cas une période de grâce de 90 jours après retrait).

Et c’est là que je vois plusieurs soucis.

Dépendance à un acteur unique

Le premier est que vous dépendez totalement d’Amazon. Si votre version papier est à coup sûr aussi publiée par KDP, vous aurez envie de centraliser et éviter une charge de gestion trop élevée. Cela se comprend, mais le revers de la médaille est que, si Amazon décide de vous virer ou de vous rendre invisible avec ses algorithmes obscurs, vous perdez 100 % de votre canal de production et de ventes.

Regardez le forum KDP, les cas de comptes suspendus ne sont pas marginaux.

Distorsion de concurrence

C’est mon avis personnel, mais je considère que cette exclusivité est un abus de la position dominante d’Amazon sur le marché de la publication autoéditée (et sur la vente de livres en ligne). La plateforme est hégémonique malgré les critiques qu’elle suscite constamment, la récente polémique avec le Salon du Livre de Paris qui a entraîné leur retrait en mars dernier le rappelle.

Au vu des difficultés du secteur de la distribution du livre, entre autres causés par la domination d’Amazon, est-ce sain de lui permettre de poursuivre dans cette voie ?

Diversité ou monocanal ?

C’est là que vous vous dites que je vous gonfle à faire la morale, et vous avez presque raison.

Cela dit, le but de cet article est plutôt de vous encourager à vous poser des questions. Pas de vous dire quoi faire, mais au moins d’évaluer les avantages et les inconvénients.

Quel est le risque de mettre tous ses œufs dans le même panier ? Est-ce qu’accorder l’exclusivité à Amazon sera plus rentable que devoir gérer du multi-plateforme ? Faut-il s’assurer d’avoir un imprimeur indépendant du distributeur ? (utilisez-vous les ISBN Amazon ou avez-vous les vôtres ?) Vais-je perdre en visibilité ? En lectorat ?

Pour ma part, j’ai commencé à publier en numérique en 2023 avec Un voyage en train. Seulement sur Amazon au début, et pourtant, la notion d’exclusivité m’avait déjà dérangé à l’époque, car j’avais rapidement décidé d’étendre ma couverture en allant aussi chez Kobo.

Après coup, j’ai découvert Draft2Digital qui permet d’arroser plus de plateformes : Amazon (même si plus compliqué, mieux vaut le gérer soit-même), Kobo, Apple, Vivlio, etc. Qu’est-ce que ça représente aujourd’hui ? Plus ou moins 50/50 entre Amazon et Kobo. Mes livres numériques sont disponibles sur l’abonnement Kobo Plus et c’est un vecteur de lectures en plus des ventes ordinaires.

Pour La dernière expédition (n'oubliez-pas de contribuer à la campagne Ulule !), j’ai choisi d’imprimer avec TheBookEdition pour là aussi ne pas dépendre d’Amazon. En plus, ils ne sont pas très loin de chez moi, donc j’y gagne en frais de logistique (bien qu’ils soient plus chers en coût de fabrication). Le roman sera aussi disponible sur KDP et imprimé par Amazon pour cette version, mais au moins, je sais que je ne dépends totalement pas d’eux.

Cela me demande-t-il plus de temps pour gérer mes livres publiés ? Non.

Je ne suis pas un LLM détraqué qui produit 150 bouquins par jour, donc le temps de publication ou de mise à jour d’un déjà en ligne n’est pas un irritant. L’action me prend tout au plus une heure maximum pour l’ensemble des plateformes. N’oublions pas que l’autoédition est loin d’être un chemin de facilité pour la publication. Si vous vous affranchissez du filtre et des barrières de l’édition classique, vous n’en avez pas moins les tâches et la responsabilité d’un éditeur. Négliger ou limiter, voire restreindre, ses canaux de diffusion me semble être une erreur, à mon humble avis.


Un petit billet d’humeur au sujet de KDP Select et de son hégémonie. J’espère qu’il vous aidera à vous poser des questions et peser les pour et contre plutôt que de sauter directement sur l’option de facilité. Mon seul regret, c’est que Draft2Digital est américain comme Amazon. Jusqu’ici, je n’ai toujours pas trouvé d’équivalent français ou européen pour un service de publication similaire. Peut-être que ça arrivera un jour ?