Mes outils européens, et les autres
Date de publication : 1 août 2026 - Temps de lecture 6 min
À la suite de l’article sur ma migration vers Eurosky, j’ai eu l’envie de refaire mon évaluation de dépendance aux solutions extraeuropéennes.

La carte de l’Europe, source Wikimedia commons, Qbox673, CC-BY-SA 4.0.
C’est un exercice que j’ai pratiqué une paire de fois sur mon ancien blog : évaluer ma dépendance aux entreprises de la Tech américaine. La dernière itération remontant à quelques années, je me suis dit qu’il était opportun de se réévaluer au regard de mon activité d’écriture.
Historiquement, j’ai toujours cherché à réduire ma dépendance aux entreprises technologiques américaines. J’en ai fait une priorité dans mes choix depuis bientôt une dizaine d’années. Au vu des errances et de la dérive politique de ce pays, je pense avoir fait le bon, quitte à faire parfois des sacrifices.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Attention, ça va causer technique !
Les services et outils européens que j’utilise
Communication
Je ne reviendrai pas sur Eurosky évoqué dans l’article consacré. Mais, parlons de Mastodon. Un peu plus complexe à appréhender, j’ai expérimenté Mastodon et le Fediverse en 2020, en atteste mon profil sur Fosstodon. Si je l’ai utilisé pour communiquer sur mes débuts d’auteur, l’audience anglophone et la thématique particulière commençaient à ne plus convenir. J’avais ouvert dans un premier temps mon compte Bluesky comme média social principal, puis j’ai finalement recréé un compte sur mastodon.social pour compléter.
Mastodon.social est l’instance gérée par les développeurs de l’application, organisme basé en Allemagne. Pourquoi ne pas utiliser une instance française, me demanderez-vous ? Parce que leurs règles m’en empêchent avec comme première restriction la publication automatisée. Dans la mesure où je planifie mes posts, ce n’est pas compatible.
Mon second canal de communication est mon Infolettre. Celle-ci est fournie par Infomaniak, l’hébergeur de ce site, entreprise localisée en Suisse. Infomaniak propose aussi toute une suite bureautique appelée kSuite pour laquelle je suis client depuis plusieurs années désormais. Mes mails et mes données synchronisées le sont via leurs outils. Je les utilise également à titre professionnel pour mon entreprise.
En parlant de mon site, il est conçu avec GoHugo, un logiciel libre de génération de sites statiques.
Ma boutique est, quant à elle, propulsée par l’outil Site Creator d’Infomaniak.
Écriture
J’écris tous mes textes avec LibreOffice Writer, logiciel libre maintenu par la Document Foundation, organisme à but non lucratif allemand. En ce qui concerne les règles linguistiques, je m’appuie sur des références en ligne telles que :
- Orthotypographie, un recueil de règles rédigé par le typographe Jean-Pierre Lacroux et publié en accès livre à titre posthume ;
- Le portail lexical, anciennement le CNRTL, proposé par le laboratoire Analyse et traitement informatique de la langue française au sein de l’Université de Lorraine ;
- Le Dictionnaire électronique des synonymes, développé par le Centre de recherches inter-langues sur la signification en contexte (CRISCO) de l’Université de Caen.
Enfin, l’imprimeur de mes livres est TheBookEdition, marque du groupe Reprocolor, basé à Halennes-Lez-Haubourdin dans la métropole lilloise. Les exemplaires — à l’exception de ceux que vous achèteriez sur Amazon —, sont donc imprimés en France.
Illustration des couvertures
J’en ai déjà parlé dans mon article sur comment illustrer sa couverture sans IA et sans se ruiner : j’utilise principalement Inkscape, logiciel libre de dessin vectoriel.
Illustrer sa couverture sans IA et sans se ruiner
Avec en renfort The GIMP lorsque nécessaire, par exemple pour un effet visuel que Inkscape ne sait pas gérer.
Quant aux polices, j’explore le catalogue disponible chez Bunny Fonts, un fournisseur de CDN basé en Slovénie et n’emploie que des polices sous licence libre.
Mise en page
Les versions papier de mes nouvelles sont mises en page en LaTeX (de même que La Dernière expédition par le typographe), un logiciel libre de langage de mise en forme documentaire installé via la distribution Texlive. Il dispose de nombreux paquets, dont une partie gérée par des Français, pour la prise en charge de nos conventions typographiques.
Pour utiliser LaTeX facilement, je me sers de TexStudio, un éditeur libre.
La conversion du document LibreOffice au format Tex est réalisée par Pandoc avant d’être travaillée dans TexStudio.
Pandoc me sert aussi pour transformer au format HTML afin d’intégrer le texte dans la maquette du fichier EPUB. Quant aux EPUB, j’ai développé mon propre outil en Python et j’utilise derrière l’éditeur de Calibre pour vérifier le fichier.
Ma dépendance actuelle au non-européen
Malheureusement, il reste toujours des éléments de mon activité d’écriture qui dépendent d’outils ou de services non européens.
Commençons par Antidote, logiciel d’aide à la correction, édité par la société Druide informatique basée au Canada.
Ma machine à écrire est un MacBook Air. J’ai beau être linuxien depuis plus de vingt ans, et continuer de l’utiliser au quotidien, la version Web d’Antidote devenait très fastidieuse et mon contournement à base de machine virtuelle Windows lourd. J’ai donc pris la décision de passer sur un Mac afin de profiter des performances de ces machines et de l’intégration native du logiciel Antidote dessus. Pour le reste, j’utilise les outils cités plus haut.
Côté communication, je traîne dans plusieurs communautés Discord dédiées à l’écriture. Il existe des pendants libres et décentralisés de ce logiciel, mais, comme Mastodon, l’adoption est limitée. Pour publier sur mes médias sociaux, je recours à Buffer, un service de planification des posts sur plusieurs canaux. J’ai testé brièvement Brightbean, un logiciel libre proposant la même solution, mais, pour le moment, il ne répond pas à mes attentes. Enfin, j’ai une page Linktree qui rassemble mes différents liens. Son usage est pour ainsi dire marginal.
Quelques dépendances américaines sur la publication avec en premier lieu Amazon KDP, évidemment. Difficile de l’éviter, même si j’aimerais bien. Cependant, je pense que mon prochain roman ne sera pas publié par KDP pour la version papier, mais que je le proposerai directement en tant que vendeur. À étudier d’ici là pour voir comment ça fonctionne.
Ma boutique d’auteur est certes hébergée en Suisse, mais le prestataire de paiement supporté est, entre autres, Stripe (qui intègre aussi PayPal). Il existe des solutions de paiement européennes, telles que Mangopay pour citer la plus connue, et j’ai demandé à l’hébergeur sa feuille de route sur ce plan. Le jour où il l’intègre, ça vaudra le coup de tester.
Comment savoir que des alternatives européennes existent ?
Et oui, voilà le nœud du problème ! Les solutions sont là, mais on en ignore l’existence, sauf à chercher.
Voici deux endroits maintenus par des volontaires où vous pouvez découvrir des alternatives européennes à des outils américains ou autre.
- European Alternatives : Orienté logiciels et outils, il liste de nombreuses alternatives à la fois en tant que service en ligne ou à héberger soit même.
- Buy European : Plus général que le premier, il référence de nombreux fabricants européens pour divers besoins et produits de consommation (genre votre dentifrice), en plus d’outils technologiques et de services.
Et si vous connaissez des alternatives qui ne sont pas indiquées dessus, n’hésitez pas à les signaler à leurs mainteneurs 😉
Un exercice toujours aussi intéressant à faire, et une prise de recul. Cela demande un effort et de la volonté, mais oui, il existe une offre de service européenne qui peut répondre à beaucoup de nos besoins en tant qu’écrivains. Tout ce qu’il faut, c’est oser sauter le pas !