La relecture audio avec Calibre
Date de publication : 5 juillet 2026 - Temps de lecture 7 min
La lecture à voix haute est l’un des exercices les plus efficaces pour repérer des problèmes de rythme dans son texte et autres couacs. Cependant, tout le monde n’est pas à l’aise à l’idée de la pratiquer, moi le premier.

L’interface du logiciel Calibre.
Il existe plusieurs moyens de s’adonner à la relecture à voix haute : par soi-même, durant une table ronde auprès d’une communauté d’écriture, ou en demandant à quelqu’un d’autre. Si je pratique les tables rondes, cela reste une activité contrainte par les disponibilités de chacun et le temps imparti. Et, si comme moi, vous n’êtes pas fan de lire vous-même votre texte, les options se réduisent.
J’expérimente depuis quelque temps l’usage de Calibre à cette fin, en complément des tables rondes. J’avais déjà évoqué ce logiciel dans mon article sur le format EPUB.
Calibre, c’est la boîte à outils pour le livre numérique. De base, il gère votre bibliothèque et permet de transférer les contenus entre votre ordinateur et votre liseuse. Il peut aussi convertir les documents dans différents formats, éditer un livre EPUB, et, bien entendu, il possède un logiciel de lecture.
Et, encore mieux, c’est un logiciel libre.
C’est la liseuse numérique qui va nous intéresser ici, car elle dispose de fonctionnalités d’accessibilité, dont la synthèse vocale.
Synthèse vocale ? Mais c’est dégueulasse !
Oui, c’est vrai, la synthèse vocale est encore loin d’être la panacée. Ici, elle ne sera pas très utile pour repérer un problème de rythme à cause de son élocution un poil trop mécanique, en particulier sur les longues phrases. Toutefois, du haut de mon expérience, elle permet de pointer des répétitions trop proches ou des tournures qui sonnent bizarrement à l’oral, sans oublier les lourdeurs.
Je ne veux pas que ça soit lu par une IA qui va exploiter mes textes !
Bonne nouvelle, ça tourne en local sur votre ordinateur et tous les composants sont des logiciels libres. Le moteur de synthèse vocale repose sur Piper, et les jeux de données ayant servi à créer les voix sont documentés (exemple avec SIWIS, celle que j’utilise).
Ce n’est pas pour rien que j’ai choisi cette approche !
À noter que le logiciel peut vous proposer d’utiliser le moteur de synthèse vocale de votre ordinateur (celui de MacOS ou de Windows). Ceci est paramétrable, nous le verrons.
Prérequis
Avoir téléchargé et installé Calibre, évidemment. Mais aussi utiliser LibreOffice Writer pour exporter le document texte en EPUB. Je n’ai aucune idée de comment ça fonctionnerait avec Microsoft Word ou Google Doc, ne touchant pas à ces affreuses choses-là.
(même avec un bâton)
Si vous ne voulez pas utiliser LibreOffice Writer pour exporter le format EPUB, Calibre saura le faire aussi. J’ai cependant eu des résultats moins bons avec.
Je vous laisse consulter sa documentation pour éviter d’alourdir l’article.
Exporter le document en EPUB avec LibreOffice
Rien de plus simple : Fichier => Export vers => Directement au format EPUB, et voilà !

Exporter le document en EPUB avec LibreOffice Writer
Ouvrez-le avec la liseuse de Calibre. Sauf si vous aviez déjà un logiciel de ce genre, celle-ci devrait être déjà associée lorsque vous double cliquez sur le fichier EPUB. À défaut, cherchez « Ebook Viewer » dans le menu de vos applications, et vous devriez la trouver.

Ouvrir le livre numérique avec la liseuse Calibre
En guise d’exemple pour cet article, j’ai choisi d’utiliser cette édition numérique de 20 000 lieues sous les mers de Jules Verne.

Ouvrir le livre numérique avec la liseuse Calibre
Familiarisez-vous avec la navigation dans la liseuse. Rassurez-vous, elle n’a rien de complexe ! Vous pouvez utiliser la molette de votre souris pour faire défiler les pages, ou alors les flèches. Un clic droit affichera le menu pour configurer l’outil, notamment les polices et la couleur d’arrière-plan.

Le clic droit affiche le menu de la liseuse
Paramétrer la synthèse vocale
Dans l’écran de paramètres, cliquez sur « Read aloud ».

Le mode lecture audio est activé
J’avoue ne plus me souvenir si l’écran de paramètres de la synthèse vocale s’ouvre directement la première fois, car lorsque j’active l’option, la liseuse démarre immédiatement.
Si la lecture a commencé, vous pouvez la mettre en pause (bouton 1). Puis, ouvrez les paramètres (bouton 2).

Les paramètres de la lecture audio (cliquez pour agrandir l’image)
J’ai entouré les options les plus importantes à mon goût :
- Speed of speech (vitesse de diction) : paramètre la vitesse à laquelle la synthèse vocale va parler. La valeur 90 % correspond plus ou moins à une lecture ordinaire, un rythme soutenu. À 80 %, la lecture paraîtra plus lente, proche d’une dictée.
- Pause after sentence (Pause après une phrase) : indique le temps de pause entre deux phrases. J’ai fini par mettre 0.15 seconde, adaptez selon votre expérience.
Enfin, le plus important, le modèle de voix à utiliser. Évitez les low quality. Pour ma part, j’ai testé « siwis » (voix féminine) et « tom » (voix masculine). La première a ma préférence : sa diction est plus claire, et elle marque mieux les virgules que TOM. Je ne me souviens pas avoir testé les autres.
L’outil téléchargera la voix en question et l’exécutera localement.
Je ne l’ai pas surligné, mais le premier paramètre correspond au moteur qui exécutera la lecture audio. Si vous désirez reposer sur le composant libre, choisissez Piper. Il y a de fortes chances que ce soit celui sélectionné par défaut.
Tester la synthèse vocale
La barre de lecture suivante apparaît quand vous activez la synthèse vocale :

Les boutons de la barre de lecture
Voici la fonction de chaque bouton :
- Lecture / pause
- Ralentir l’élocution
- Accélérer l’élocution
- Ouvrir les paramètres vocaux
- Arrêter la synthèse vocale
Par défaut, l’outil lancera la lecture à partir de la page où vous vous situez. Pour le démarrer à un endroit précis, il suffit de cliquer dessus.

Lecture en cours. Comme vous pouvez le constater, le texte lu est surligné.
La vidéo suivante vous donnera un aperçu du rendu avec les paramètres cités précédemment.
Limitations observées
Le choix de Jules Verne n’était pas que pour exploiter un support du domaine public : c’est un vieux texte dans lequel on trouve une certaine variété d’écriture où la synthèse accrochera plus ou moins. Cela permet donc d’identifier rapidement ses limitations.
Voyons ça de plus près !
Phrases longues
La littérature moderne a tendance à être plus lapidaire, à privilégier des phrases courtes plus « rythmées ». Je dois avouer ne pas toujours être d’accord avec cette idée.
Ici, la chose qui manque est l’absence de pause sur les virgules. L’ordinateur n’a pas besoin de reprendre son souffle, et ça s’entend !
Lorsqu’on l’exécute sur ses propres textes, cela permet toutefois d’identifier des moments où la lecture va être à la peine, paraître compliquée ou lourde. De quoi déclencher une vérification pour s’en assurer.
Termes étrangers
Vous l’aurez entendu sur la vidéo, mais skippers a été prononcé en pur français : « skippé » ; à l’inverse de masters. Ce n’est pas un problème en soi, mais il faut le garder en tête quand on recourt à cette méthode. Le modèle vocal reste orienté français et va donc difficilement gérer un texte multilingue, sauf à utiliser un adapté.
Abréviations
Une limitation du modèle qui n’a pas su faire la traduction de « M. » en « Monsieur ». Rien de choquant sur le plan technique, mais perturbant à la lecture.
Signes typographiques
Un dernier élément observé : la synthèse n’a pas changé de tonalité sur les guillemets et l’incise du troisième paragraphe.
On s’attendrait d’ordinaire à une différence dans la lecture des citations et des incises. L’usage de cette méthode doit donc prendre en considération ce point.
Une fois ces limitations appréhendées, on apprivoise assez rapidement l’outil.
Cela fait plusieurs jours que je pratique l’exercice sur un travail en cours, et je dois dire que ça aide. J’ai pu repérer des défauts de placement de compléments et autres menues imperfections qui étaient passées sous plusieurs radars. Même si l’outil a ses limitations, la lecture reste relativement fluide et permet de repérer de petits soucis invisibles à l’écrit.
Le tout avec un fonctionnement hors-ligne et basé sur du logiciel libre.
Jamais il ne remplacera la véritable lecture orale, et encore moins les tables rondes qui vous permettent d’obtenir un retour de vos pairs. Comme Antidote, c’est un outil complémentaire pour préparer votre texte à la relecture par d’autres personnes.
N’hésitez pas à me faire part de vos propres retours d’expérimentation !