Fixer le prix de son livre
Date de publication : 17 septembre 2026 - Temps de lecture 11 min
Aujourd’hui, nous allons traiter une question qui torture toujours l’esprit d’un auteur indépendant : celle du prix de vente de son livre. C’est parti pour causer pépettes !

Money Cash Coins - Photo par AlexBarcley - Pixabay licence
C’est un casse-tête auquel je me suis confronté à la publication de mes premiers textes : à quel prix les vendre ? Au début, j’avais peur que ça paraisse trop cher, que la qualité ou la longueur du récit ne soit pas à la hauteur du tarif demandé. J’ai régulièrement changé celui-ci (l’avantage du livre numérique qui est plus souple sur ce point), consulté beaucoup d’articles qui se résumaient à « y'a pas de règle » ou encore ceux des plateformes de publication qui mettaient en corrélation le total de ventes par prix.
La synthèse de cette dernière statistique était que moins un livre est cher et plus il a de chances d’être acheté… Avec un équilibre autour de 2.99 € pour le livre numérique. Au-delà, il traduisait une idée de « confiance » de l’auteur dans son œuvre (ce que je n’avais absolument pas en tant que débutant) et en dessous, c’était se dévaloriser. Mais, évidemment, moins un livre est cher, moins on gagne dessus.
Enfin, les derniers articles trouvés disaient de se comparer au marché. De ce que j’ai retenu sur ce point : le prix du livre numérique n’est pas forcément au kilo, voyant des nouvelles de longueur similaire aux miennes vendues plus chères ou moins chères.
J’étais donc bien avancé et c’est pourquoi je ne vais pas vous faire ici le même exposé peu utile. À la place, je vais aborder les éléments pratiques qu’il convient d’avoir en tête avant de fixer un prix arbitraire comme j’ai pu faire par le passé.
Attention, l’aspirine n’est pas fournie avec cet article.
Rappel légal : le prix unique du livre et son taux de TVA
Commençons par un rappel réglementaire : en France, le prix du livre est encadré par la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang », du nom de Jack Lang, ministre de la Culture sous François Mittérand à l’origine de cette réglementation.
En substance, la loi Lang dispose que le prix du livre doit être le même sur tout le territoire national et impose donc aux éditeurs ou importateurs de fixer le prix de vente au public. Un rabais de 5 à 9 %, selon les cas, pour le client reste autorisé. Cette loi a ensuite évolué au fil des pratiques commerciales, comme en 2021 à propos du montant minimal de tarification des frais de port (pour lutter contre la concurrence jugée déloyale du e-commerce qui « offrait » ce service — d’où sa qualification de « loi Amazon »).
Vous trouverez plus de détails sur la loi Lang et ses objectifs multiples dans ces articles :
- Prix du livre, par le ministère de la Culture
- Prix unique du livre, par le Syndicat national de l’édition
Pour nous, auteurs et autrices indépendantes, les informations à retenir sont :
- le prix de vente de nos livres devra être le même sur tous nos canaux, modulo les 5 % de remise tolérée (voire 9 % selon le cas) ;
- le prix devra être porté à la connaissance du public, notamment par mention sur la couverture dans le cas d’un livre papier (le livre numérique n’a pas cette obligation, le prix doit être affiché par la plateforme) ;
- vous devrez facturer un minimum de frais de port dans le cas de l’envoi d’un livre papier, leur gratuité étant proscrite.
Enfin, même si nous sommes rarement concernés en cas de vente directe par la TVA, sauf à atteindre les seuils requis, vous devez vous souvenir qu’un livre est soumis à la TVA à 5.5 % en France métropolitaine. Les cessions des droits d’auteurs et de ceux portant sur les livres sont, quant à elles, soumises à la TVA de 10 %. Consultez cet article sur Service Public pour en savoir plus.
Déterminer le prix du livre papier
De par sa nature d’objet manufacturé, le livre papier est soumis à des coûts inhérents de production. Si vous espérez gagner un peu de sous sur vos ventes, il convient donc d’évaluer tous vos frais pour déterminer quelle sera votre marge.
Attention, cette liste de coûts ne prend pas en considération les frais éditoriaux du livre, uniquement ceux de sa commercialisation.
Le coût de fabrication
Il s’agit ici du prix de vente auquel votre imprimeur va vous facturer le livre. Ce tarif dispose de plusieurs parts variables :
- Une remise sur les quantités : le prix d’achat diminuera selon des paliers fixés par l’imprimeur ;
- Les frais de port.
Et une fixe : la TVA de 5.5 %.
Le premier est fixé et négocié avec votre imprimeur, même si, en autoédition, on a rarement la capacité de vraiment négocier le tarif de fabrication.
Le second peut être plus ou moins élevé selon les quantités et le lieu d’origine (plusieurs plateformes d’autoédition produisent hors France). Personnellement, je ne paye pas de frais d’expédition pour mes stocks imprimés, car j’habite à proximité du fabricant.
La dernière peut être récupérée selon votre structure juridique : si, comme moi, vous êtes en Entreprise Individuelle en franchise base de TVA, vous ne pourrez pas la déduire de votre achat. Par contre, une structure en régime de TVA ordinaire peut la récupérer sur ses achats professionnels.
Le coût d’expédition
Dans le cas d’une vente par correspondance, vous n’aurez pas que les frais de port à payer, et on l’oublie vite !
- Le conditionnement du livre : votre prix de vente doit comprendre celui de l’emballage (à l’unité) utilisé pour l’acheminer ;
- Les éventuels accessoires : marque-page ou autres accessoires liés doivent être compris dans le calcul pour ne pas engendrer de pertes ;
- Le prix du transport : vous pouvez le facturer au réel ou via un service forfaitaire, c’est un calcul à réaliser ;
- La TVA sur les frais de port : bien que vous ayez peu de chances de la récupérer, la TVA sur les frais de port sera ici au même taux que celle du livre : 5.5 %, sauf si vous vendez autre chose que des livres (voir plus bas la section TVA) ;
- L’impression de l’étiquette de transport : c’est peu, mais à garder en tête ;
- Le temps passé : pensez aux ouvertures des bureaux de poste si vous utilisez ce moyen.
Au sujet du conditionnement, vous devrez réfléchir en termes de volumes. Vous vendez plusieurs livres papier d’épaisseur variée ? Des produits dérivés ? Devriez-vous prévoir des pochettes unitaires ou pour de multiples ouvrages ? Leur prix d’achat n’est pas le même !
Pour le temps passé, étant Freelance dans mon activité professionnelle, je peux difficilement perdre du chiffre d’affaires pour aller au bureau de poste. J’ai donc opté pour n’utiliser que Mondial Relay qui me permet de déposer les colis dans un de leurs casiers, et propose aussi la livraison à domicile. Enfin, il faut prévoir une part d’emmerdes relatives aux joies du e-commerce, comme j’en ai fait l’expérience avec un colis volé.
La TVA
Comme dit dans le point légal, le livre est soumis à une TVA de 5.5 %. En fonction de votre structure juridique et de son régime de TVA, vous devrez soit considérer qu’il s’agit d’un frais payé, soit d’une somme avancée récupérée par la suite. (je passe l’aspect collecte sur la vente finale)
Attention au calcul du prix TTC : une erreur classique est de calculer le montant hors taxes à partir du prix TTC. Ne faites surtout pas ça ! Les arrondis rendront votre tarif incohérent et vous perdrez quelques centimes. Partez d’une base de prix HT pifométrique à laquelle vous ajoutez les 5.5 %, puis augmentez ou diminuez-la jusqu’à atteindre votre prix TTC.
Si vous vendez des produits dérivés issus de votre univers littéraire (tasses, posters, etc.), ceux-ci auront une TVA de 20 %. Ce qui rend un peu plus bordélique le coût des frais de port. L’article ci-après vous listera les différents cas de figure :
Les frais de paiement
Si vous avez votre propre boutique en ligne, ou que vous faites de la vente en direct, n’oubliez pas que votre prestataire de paiement prélèvera des frais sur chaque transaction. Par exemple, ces frais sont de 1.5 % + 0.25 € chez Stripe.
La remise libraire
Si vous diffusez votre livre sur un réseau de distributeurs comme Dilicom, vous serez susceptible de recevoir des commandes de la part d’une librairie. Ici, vous devenez fournisseur et devriez donc penser à un prix de vente remisé pour un professionnel du livre.
En effet, la librairie ne va pas acheter votre livre à son prix de vente public, elle a bien le droit de marger un peu ! Elle est même obligée, la revente à perte étant illégale en France. De plus, n’oubliez pas le prix unique du livre.
Pour ce faire, vous devrez calculer une remise libraire à partir du prix de vente hors taxes de votre livre, car, oui, la librairie va collecter de la TVA à coup sûr.
La remise libraire sera à négocier et à stipuler dans vos conditions générales de ventes signées avec la librairie. De ce que j’ai recherché suite à ma première commande libraire, il est en moyenne convenu d’une remise de 30 %. Dans le cas où vous lui expédiez le livre, n’oubliez pas d’indiquer que les frais de port lui seront facturés. Évitez de les prendre à votre charge, vous perdriez votre propre marge.
Et soyez sympa sur la marge que vous leur laissez, ces petits commerces survivent difficilement. Donc, assurez-vous de calculer une remise adaptée avec les frais de transport.
Dans le cas d’une mise en dépôt-vente, le principe sera peu ou prou le même où la commission du revendeur sera définie contractuellement. Il se peut que ce dernier vous demande de payer des frais d’envoi pour lui acheminer les exemplaires. En effet, au contraire d’une librairie qui se basera sur une commande client, le dépôt-vente n’a pas l’assurance que vos ouvrages seront vendus de suite.
Déterminer le prix du livre numérique
L’avantage du livre numérique, c’est qu’il est beaucoup moins cher à produire et demande une logistique bien moins complexe que le papier. Les frais inhérents à sa commercialisation sont donc simplifiés.
Le prix psychologique
En général, et de toutes les recherches que j’ai pu faire sur le sujet, le lectorat s’attend à ce qu’un livre numérique soit moins cher que son pendant papier. Toutefois, on tombe souvent sur des écarts cocasses où le numérique est plus cher que l’édition de poche. Une différence de 10 € est communément admise sans être la règle (il suffit de voir les pratiques chez certains éditeurs).
Les frais de la plateforme
Le modèle commun dans l’autoédition au format numérique est de publier son ouvrage, puis de recevoir ses droits d’auteurs nets de la commission de la plateforme. Les taux varient selon elles, voire selon le prix de vente HT ou TTC.
Sur Amazon KDP, la redevance auteur est de 35 % du prix de vente hors taxes. Pour bénéficier de celle à 70 %, il faut un prix catalogue d’au moins 2.69 € ou 2.99 $. La plateforme fixe également des tarifs minimums en fonction du poids en méga-octets du livre numérique.
Kobo possède la même tarification modulaire, mais avec une redevance basse à 45 % et haute à 70 %. Le tarif minimum pour la redevance haute est de 1.99 € dans l’Union européenne. À noter que Kobo se base sur le prix catalogue, donc TTC et non HT.
Je n’irai pas toutes les lister, car chacune a ses petites conditions particulières. Partez donc du principe qu’en moyenne, la plateforme vous prendra dans les 40 % à 60 % de commission sur les ventes.
Le coût de fonctionnement de votre boutique en ligne
Si vous proposez votre propre boutique, il conviendrait de définir dans votre prix de vente une partie pour supporter son coût. Ici, tout dépend du prestataire choisi. Certains facturent une commission sur les ventes là où d’autres sont un abonnement mensuel.
La conversion en euros
Les librairies en ligne ont tendance à vendre dans la monnaie du pays de l’acheteur. De plus, certains intermédiaires, tels que Draft2Digital, qui sont des plateformes américaines, travaillent en Dollars US. Donc vos gains se verront convertis en Euros au moment du versement. Selon la devise d’origine et les taux du marché, vos gains pourront se voir plus ou moins affectés.
Les frais de paiement
Comme pour le livre papier, la vente en direct sur votre propre boutique amènera des frais de la part de votre prestataire de paiement.
La TVA
Sauf à être redevable de la TVA, vous ne devriez pas en collecter sur votre propre boutique en ligne. Néanmoins, les ventes sur une grande plateforme y seront soumises, c’est pourquoi il vaut mieux définir son prix hors taxe pour être le plus proche possible de la réalité.
Et voilà ! Comme dit en intro, l’aspirine n’est pas fournie avec cet article. Néanmoins, j’espère avoir été le plus exhaustif possible sur les frais inhérents à la commercialisation du livre papier et numérique pour vous fournir les variables nécessaires au calcul de son prix de vente. Maintenant, amusez-vous bien avec vos feuilles de calculs !