Mon parcours d'autoédition, partie 6 : Livre numérique, le format EPUB

Publication : 09/01/2026 - Temps de lecture 11 min



Après vous avoir assommé avec la typographie, enchaînons par l’autre support du livre : le livre numérique et son format EPUB. Il se peut que cet article soit assez technique, mais je tâcherai de vulgariser le plus possible.

Le fichier EPUB de la nouvelle Le mort qui n'existait pas

Le fichier EPUB de la nouvelle Le mort qui n’existait pas ouvert dans Calibre, © Seb Astien.

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Le format EPUB

Le EPUB, pour Electronic PUBlication, est la spécification d'un format standard de livre numérique créée en 2007 par l'International Digital Publishing Forum, depuis repris par le World Wide Web Consortium (W3C) qui continue de la maintenir. À l’heure où ces lignes sont tapées, la dernière mise à jour de la version EPUB 3.3 a été publiée le 21 décembre 2025. Pour information, le W3C est aussi l’organisme responsable de standardiser les technologies autour du Web.

Le livre numérique est un support de publication à ne pas sous-estimer, car il représente aujourd’hui une part non négligeable du marché. Selon le baromètre 2024 des usages d'achat et de lecture de livres du SNE, il représente 12 millions de lecteurs sur les 40 millions en France. Vous observerez que le livre audio est aussi de plus en plus présent.

Pour ma part, jusqu’à l’arrivée de La dernière expédition, j’ai uniquement édité du livre numérique. Les raisons étaient évidentes : facile à produire, à modifier, et à publier. Là où un livre papier demande plus de parcours et a un coût de production plus élevé. Pour des nouvelles, l’idée n’est pas forcément rentable.

Un fichier EPUB peut se lire sur différents supports au moyen d’un logiciel adapté : une liseuse numérique spécialisée, votre smartphone ou votre tablette, etc. Dans la majeure partie des cas, ces fichiers sont protégés avec un système de gestion des droits numériques (DRM) empêchant leur transfert ou leur lecture sur des supports non prévus à cet effet.

Aparté sur les DRM

Personnellement, je ne crois pas aux DRM et suis contre leur usage, raison pour laquelle mes publications en sont dépourvues. Ce dispositif est la réponse à une peur du piratage à cause du support numérique facile à recopier et à redistribuer.

Old book locked, par Eliens, Pixabay

Old book locked, par Eliens, Pixabay

Les livres papier ne sont pas vendus avec un verrou comme dans l’image ci-dessus, et peuvent se prêter à son entourage, se revendre ou être donnés. Les DRM interdisent tout cela et imposent des contraintes de support ou d’interopérabilité nécessitant l’usage de logiciels obligeant à s’inscrire sur une plateforme, et donc céder en plus des données personnelles. De plus, ça donne la sensation que le lectorat est considéré comme un voleur par défaut.

De rares éditeurs comme Le Belial' affichent une politique anti-DRM également. Du côté des plateformes d’autoédition, c’est un choix qui vous est en temps normal proposé lors de la publication.

Il existe aussi des librairies en ligne vendant des livres numériques sans DRM, telles que Numilog

Anatomie d’un livre numérique au format EPUB

Techniquement, un fichier EPUB est une archive zip compressée contenant plusieurs fichiers. Il est basé sur les mêmes technologies que le Web et propose son contenu sous forme de pages HTML. Si vous vous demandez de quoi je parle, dites-vous que c’est un socle technique similaire au site que vous lisez actuellement. À la différence qu’un EPUB attend une structure prédéfinie pour être reconnu comme tel.

Voici un schéma montrant la structure attendue :

Le contenu d'une archive EPUB, diagramme par Seb Astien.

Le contenu d’une archive EPUB, diagramme par Seb Astien.

Et, plus concrètement, à quoi ressemble l’intérieur d’un EPUB décompressé, ici avec la réédition de la nouvelle Le mort qui n’existait pas :

├── META-INF
│   └── container.xml
├── mimetype
└── OPS
    ├── 001_page-de-titre.html
    ├── 002_livre-sans-drm.html
    ├── 003_mentions-legales.html
    ├── 004_le-mort-qui-nexistait-pas.html
    ├── 005_remerciements.html
    ├── 006_du-meme-auteur.html
    ├── 007_credits.html
    ├── content.opf
    ├── cover-lmqep-ebook.png
    ├── cover.xhtml
    ├── fonts
    │   ├── dejavusans-font.css
    │   ├── DejaVuSans-licence.txt
    │   ├── DejaVuSans.ttf
    │   ├── ebgaramond-font.css
    │   ├── EBGaramond-Italic-VariableFont_wght.ttf
    │   ├── EBGaramond-licence.txt
    │   └── EBGaramond-VariableFont_wght.ttf
    ├── logo-seb-astien.png
    ├── nav.xhtml
    ├── no-DRM.png
    ├── qrcode-epub.png
    ├── stylesheet.css
    └── toc.ncx

Passons tout ceci à la loupe, dans l’ordre de priorité pour le format tel qu’indiqué par les numéros sur le schéma :

mimetype : ce fichier est le premier intégré dans l’archive et le premier à être lu. Il déterminera que celle-ci n’est pas un bête ZIP, mais bien un document EPUB. Comme l’atteste la commande file sous Linux qui indique le type de fichier :

Le mort qui n'existait pas - Seb Astien.epub: EPUB document

Le mimetype est un fichier qui indique le format de données d’un document. Ici, son contenu est : application/epub+zip.

Viennent ensuite deux dossiers : OPS (aussi vu sous le nom OEBPS) et META-INF qui ont chacun leur responsabilité.

Commençons par META-INF. Celui-ci contiendra un fichier nommé container.xml dont le rôle est d’indiquer au lecteur numérique où se trouve le manifeste du livre.

Le dossier OPS ou OEBPS stocke le contenu du livre à proprement parler. Il peut être organisé comme on l’entend avec des sous-dossiers par type de fichier (ici vous noterez que j’en ai fait un pour les polices), tout comme on peut tout laisser en vrac dedans. C’est le rôle du fichier content.opf d’ordonner tout ceci.

content.opf est un fichier utilisant une structure standard pour lister le contenu du livre. Une première partie concerne les métadonnées : titre, auteur, quatrième de couverture, ISBN, etc. Une seconde liste tous les fichiers embarqués du livre : pages, feuilles de style, couverture, polices, etc. Enfin, la troisième définit la table des matières. Comme vous pouvez vous en douter, ce fichier est le plus important, puisqu’il est l’épine dorsale du EPUB.

Voilà pour les éléments structurels essentiels, passons maintenant le reste du contenu au peigne fin.

toc.ncx : un autre fichier pour la table des matières (table of contents). Il est généralement utilisé par les liseuses pour afficher le sommaire. C’est aussi le rôle de nav.xhtml. Pourquoi tous ces doublons, me demanderez-vous ? Toutes les liseuses ne fonctionnent pas de la même façon et certains de ces fichiers proviennent d’anciennes versions du format EPUB. Par souci de compatibilité maximale, il convient de les inclure.

cover.xhtml : la page mise en forme pour afficher la couverture du livre. Elle se contente d’intégrer l’image.

stylesheet.css : la feuille de style, ce sont les instructions de mise en page pour définir quelle police utiliser, quelle taille, comment formater les titres de chapitre, etc. Vous noterez la présence de fichiers css dans le dossier fonts. Dans la mesure où j’embarque les polices d’écriture, leur rôle est d’indiquer à la liseuse de les utiliser par défaut et dans quelles circonstances.

Tous les fichiers .html sont le contenu du livre à proprement parler. Il n’y a pas de convention de nommage à ma connaissance, du moment qu’ils sont listés dans l’ordre dans content.opf. Toutefois, il vaut mieux savoir les repérer facilement. Ces pages HTML sont relativement simples et exigent une seule instruction en particulier : les types de section EPUB.

Par exemple, sur la page de titre :

<section epub:type="frontmatter titlepage">.

Les mentions légales :

<section id="mentions-legales" epub:type="frontmatter copyright-page">

Ou encore pour le texte du livre :

<section id="no-drm" epub:type="bodymatter chapter">

Le reste des fichiers propose soit les images embarquées (la couverture, mon logo, un QRCode), mais aussi des annexes, telles que les fichiers de licence des polices d’écriture.

Comment produire un EPUB

Mettre en forme un EPUB peut être à la fois plus simple qu’un livre papier, mais aussi plus complexe si l’on peaufine le détail. Il existe plusieurs logiciels, des propriétaires et des libres, pour exporter votre œuvre en livre numérique. Je me concentrerai sur les logiciels libres, faute d’expérience et d’intérêt pour les autres.

Tout d’abord, voici quelques règles générales apprises avec l’expérience :

  • Assurez-vous d’embarquer les polices d’écriture désirées, les liseuses ont souvent un panel limité
    • Point d’attention : vérifiez toujours la licence de votre police d’écriture. Elles peuvent interdire l’usage commercial ou exiger le paiement d’une redevance. Privilégiez des polices libres (exemple : Open Font Licence), elles vous demanderont simplement d’inclure leur document de licence et de les mentionner.
  • La couverture peut s’intégrer a posteriori, pas forcément lors de l’édition du EPUB
  • Testez toujours votre EPUB sur une liseuse numérique
  • Testez votre EPUB avec l’outil EPUB check officiel

LibreOffice Writer

Le traitement de texte LibreOffice Writer est capable d’exporter en EPUB3 un document en quelques clics. Toutefois, cela demande de mettre en page le livre avec cet outil, ce dont je ne suis pas un grand fan comme je l’ai exposé dans le précédent article.

Pour avoir un EPUB fonctionnel, vous devez impérativement utiliser des en-têtes de chapitre du type « titre » qui sont reconnus par le navigateur du document. C’est ce découpage qui sera appliqué dans le fichier EPUB et qui servira à produire la table des matières. L’outil vous permet aussi de saisir certaines métadonnées, telles que l’ISBN.

Writer possède cependant des limitations et le document produit ne passera pas forcément la validation EPUB des plateformes de publication. Certaines, comme Amazon KDP, sont peu strictes, d’autres le sont beaucoup plus et exigent zéro erreur (cas de Apple Books). Hélas, pour corriger ces défauts, il faut ouvrir le capot et mettre les mains dedans.

Calibre

Calibre est un gestionnaire de bibliothèque de livres numériques libre. Non content de vous permettre de transférer vos livres sur votre liseuse ou de les lire directement, il possède une boîte à outils très avancée pour convertir ou éditer des livres numériques. La capture d’écran au début de cet article est son éditeur.

Le fichier EPUB de la nouvelle Le mort qui n'existait pas

Le fichier EPUB de la nouvelle Le mort qui n’existait pas ouvert dans Calibre, © Seb Astien.

Son éditeur est capable de convertir un fichier Word ou un PDF en EPUB avec un résultat plus ou moins bon. Toutefois, il pourra avoir du mal à procéder à un découpage propre des chapitres s’ils sont mal identifiés. Il exige beaucoup de travail additionnel pour atteindre un résultat satisfaisant. Plutôt que de vous en servir pour créer le document, je vous le conseille pour l’éditer. Par exemple, il vous permettra d’ajouter la couverture en trois clics ou de gérer la table de matières.

Pandoc

Bon, là, on monte d’un niveau en matière de geekage, mais Pandoc est une des références en matière d’outil de conversion de documents d’un format à un autre. Il est capable de transformer un fichier LibreOffice Writer ou Microsoft Word en EPUB avec une simple ligne de commandes. Le résultat est généralement bon, sous réserve que le document d’origine soit bien formaté.

Il reste réservé aux utilisateurs avancés.

Les plateformes d’autoédition ou de publication

Les plateformes d’autoédition, telles qu’Amazon KDP ou Draft2Digital, supportent d’importer un document LibreOffice Writer ou Microsoft Word et de le transformer en EPUB. Cela passe par des étapes de reconnaissance du contenu. Par contre, elles auront tendance à imposer des modèles de mise en page qui ne vous plairont pas forcément et pourraient vous limiter.

Les plateformes de publication comme l'Atelier des Auteurs ou Epistolads disposent aussi d’une fonction d’export en EPUB. Epistolads possède des outils de mise en forme plutôt poussés.

Un professionnel

Comme pour la maquette d’un livre, la fabrication du EPUB peut être réalisée par un professionnel du domaine. C’est une prestation peu onéreuse pour une valeur ajoutée non négligeable dans le cas d’un roman. La version numérique de La dernière expédition a été réalisée par le même typographe que l’édition papier. Pour les nouvelles, je préfère le réaliser moi-même.

Et toi, tu utilises quoi ?

J’ai commencé avec une façon de faire très geek où je rédigeais mes tapuscrits en tant que documents texte formatés en Markdown. C’est le même langage de balisage qui me permet d’écrire sur ce site. Cependant, avec le recul, j’ai compris qu’il était insuffisant et perdait beaucoup d’informations typographiques, sans oublier qu’il est limité en raison de sa simplicité volontaire.

Mes autres EPUB ont été réalisés avec LibreOffice Writer et modifiés dans Calibre pour les rendre conformes avec la spécification.

Lorsque je suis passé à LaTeX pour la mise en page papier, j’ai cherché à devoir faire le moins d’allers / retours possible pour produire le PDF d’imprimerie et le EPUB numérique. Hélas, les outils de conversion que j’ai testés ne m’ont pas donné satisfaction. J’ai donc développé ma propre solution qui met en forme le texte dans une maquette EPUB personnalisée. La réédition de La mort qui n’existait pas a été produite avec cet outil.

Si la demande est présente, je pourrais voir pour le publier en open source. La méthode n’est pas spécialement user-friendly, cela dit.


J’ai bien fait d’extraire la section EPUB du précédent article, il y avait beaucoup à dire là aussi ! J’espère vous avoir éclairés sur les entrailles du livre numérique et ses particularités. Le prochain article changera de sujet avec l’aspect communication : comment faire son site Web d’auteur et pourquoi c’est important.